05h30 – Ça y’est, le jour J est enfin arrivé ! Encore à demi assoupis, nous observons le Soleil poindre à l’horizon et éteindre une à une les myriades d’étoiles ayant illuminé notre nuit de façon sublime. Bientôt, les premiers rayons déchirent les Coyote Buttes et embrasent les falaises alentours. Soudain, une ombre silencieuse glisse sur la roche, Corvus corax est matinal, apparemment plus que nous…

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L’air est bien frais ce matin mais le bleu profond du ciel nous garantit que ça ne va pas durer, la journée sera chaude, très chaude. Notre réveil matinal sera récompensé, c’est certain ! Autour de nous, le désert dort encore et après de rapides préparatifs, nous partons à la conquête du Graal. Équipement photo sur le dos, 1 galon d’eau chacun en bandoulière et les précieuses indications du Bureau of Land Management en main, nous nous engageons sur une sente poussiéreuse à travers la végétation rase, ponctuée de superbes compositions florales.

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Alors que nous pénétrons dans un ancien lit de rivière, le soleil est encore bas, faune et flore ne profitent pas encore de ses généreux rayons. Dans cette torpeur matinale, le tyran à gorge cendrée pointe timidement le bout de son bec à quelques de mètres de nous. Il restera là un long moment sans trop bouger ni se soucier de notre présence, jusqu’à entamer son premier encas de la journée.

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Sautant de son perchoir vers un petit insecte repéré au sol, il reviendra se percher à deux coups d’ailes de son poste d’observation précédent, pour engloutir sa proie.

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Alors que notre ami tyran est parti s’enfiler quelques tartines, les premiers rayons du soleil atteignent enfin le sol, un bruant à gorge noire s’égosille de plus belle pour fêter le commencement de cette journée qui promet d’être magnifique.

(Black-throated sparrow, Amphispiza bilineata) – Coyote Buttes North – Arizona
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Les racines plongées dans une terre ocre rouge-orangé, feux de prairie et lanternes du diable rivalisent de beauté sous la lumière rasante.

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Ces dernières sont appelées ainsi car en mourant, leurs tiges ont tendance à se redresser et se recourber jusqu’à former une structure un peu similaire à une triste lanterne desséchée (bon, il faut avoir quand même pas mal d’imagination !). D’autres plus optimistes y voient une cage à oiseaux (birdcage evening primrose), plus curieusement un lion en cage (lion-in-a-cage) ou plus simplement une primevère du désert (desert primrose).

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Laissant le lit de la rivière derrière nous, nous bifurquons à nouveau sur un petit sentier rocailleux à flanc de colline. La pente n’est pas très raide mais suffisamment pour se dire qu’on est bien content de la gravir à la fraîche ! Au sommet, le panorama s’ouvre sur les Coyote Buttes North, superbes. De là, nous en profitons pour vérifier que nous sommes sur la bonne route à l’aide de notre petit document d’accès à The Wave. Le document en question est composé d’une série de clichés agrémentés d’un descriptif du parcours afin d’éviter de nous perdre. Avec ce mémo en poche, extrêmement rares sont les visiteurs qui ne parviennent à trouver le site car, même si le chemin n’est indiqué nulle part, les explications fournies, même succinctes, sont très bien faites et suffisamment explicites. Il y a quelques années encore, le document en question n’existait pas et seuls deux ou trois clichés des alentours étaient montrés lors de la loterie aux heureux élus. Dans ces conditions, l’aventure était tout autre et bon nombre de chanceux de la veille se retrouvaient à errer dans la zone sans parvenir au trésor… Dur ! Imaginez le désarroi de ces personnes, si près du but mais incapables de l’atteindre… Un certain nombre d’entre elles y ont d’ailleurs laissé la vie, soit en continuant de nuit et en faisant des chutes mortelles dans le Paria Canyon tout proche, soit en succombant à la chaleur et à la déshydratation après s’être perdues dans cette immensité sauvage. Cet été encore, trois randonneurs ont ainsi perdu la vie… Pourtant, le message des rangers nous briefant pour la randonnée est on ne peut plus clair, nous sommes avertis de tous les dangers et une multitude de conseils nous sont donnés pour éviter de tels drames. La leçon que nous en avons retenue est qu’il ne faut pas prendre à la légère ces recommandations, bien au contraire.
Le checkup du parcours effectué, nous repartons confiants dans notre itinéraire. Nous descendons maintenant l’autre versant de la colline, les pieds dans le sable brûlant. Partout, absolument partout, des traces laissées par nombre de lézards et serpents. Regardant bien où nous marchons, nous progressons prudemment pour gravir bientôt des collines de grès polis par les ans. L’endroit est magnifique avec cette roche aux tons chauds, contrastant formidablement avec le bleu intense du ciel et le vert des rares végétaux qui ponctuent cet environnement minéral.

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Au loin, nous gardons en ligne de mire l’un des repères du trek, les Twin Buttes que l’on aperçoit à gauche sur le panoramique.

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Dans les arbres voisins, une bien belle surprise nous attend. De somptueuses hirondelles à face blanche ont élu domicile ici et nous offrent un spectacle magique.

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Peu craintives, elles se laissent approcher sans sourciller, nous permettant ainsi de profiter pleinement de leur superbe plumage multicolore aux irisations fascinantes.

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Nous continuons notre progression en direction des Twin Buttes que nous contournons pour redescendre sur un plateau aride. Au loin, des formes tourmentées façonnent la roche. La quête du Graal se termine dans un ultime effort, une dune de sable impitoyable qui n’en finit pas. Arrivés au sommet, nous nous engouffrons dans l’antre du joyau, à l’ombre des falaises rougeoyantes aux courbes si caractéristiques.

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Après quelques minutes de rafraîchissement, nous progressons avec angoisse vers le cœur de ce joyau minéral, inondé par les rayons du matin. Soudain à la lumière, nous nous retrouvons plongés dans un décor surnaturel, irréaliste, grandiose… A la mesure de la magie que nous avions tant espérée !

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Tout autour de nous, les parois de grès ondulées nous maintiennent au creux de la vague, sublime.

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Fruit des caprices des eaux puis des vents depuis des temps immémoriaux, les grès Navajo forment ici un paysage unique au monde.

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Si les ruissellements des eaux de pluie sont à l’origine de la forme en cuvette du site, c’est essentiellement le vent qui a par la suite donné ses caractéristiques incroyables à the Wave.

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Sous l’action des vents dominants, ce petit amphithéâtre minéral de quelques ares a vu ses parois façonnées par une érosion laminaire, formant ces stries multicolores extraordinaires.

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Selon la dureté du grès, les strates se sont érodées de diverses manières. Des micro-organismes ont magnifié le résultat final en colorant de manière différente chacune de ces lamelles.

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Ainsi, les couleurs de cette houle magique évoluent entre les blancs éclatants et les rouges profonds, les roses délicats, les jaunes paille et les oranges soutenus.

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Au détour de la cuvette secondaire, le paysage s’ouvre à nouveau et nous découvrons alors un décor là aussi magique. Les formations rocheuses aux contours torturés sont ici aussi lacérées par les vents.

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La végétation s’accroche tant bien que mal dans ce rude environnement de roche et de sable.

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L’attraction visuelle du lieu est absolument extraordinaire. Bien que de taille modeste, nos mirettes n’en finissent pas de redécouvrir ces vagues minérales sous un angle nouveau.

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Du haut de la vague principale, les circonvolutions de la roche n’en finissent pas de nous émerveiller.

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A mesure que la soleil repousse les dernières parcelles d’ombre encore présentes, la roche s’embrase littéralement pour notre plus grand bonheur.

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Sous les grains délicats et si vulnérables, les lacets de couleurs nous indiquent le chemin des vents dominants et filent vers les cieux.

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En contrebas, les vicissitudes d’un petit canyon ombragé nous ramènent tranquillement vers l’enceinte principale.

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Les motifs mystérieux des parois nous invitent au voyage au pays de la vague fossile.

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Leurs ondulations fascinantes nous transportent et c’est avec un bonheur indéfinissable que l’on se surprend à vagabonder dans ce petit labyrinthe de grès.

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A mesure que nous progressons, nous pesons notre chance inouïe de parcourir ce lieu si somptueux, rien que pour nous. Face à sa fragilité évidente, un profond respect pour ce sanctuaire surgit naturellement. Nul doute que les restrictions d’accès sont une obligation pour la préservation de ces parois magiques et pourtant si vulnérables.

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Le soleil est désormais bientôt au zénith et les premières voix humaines d’autres chanceux se font entendre au loin. Nous profitons encore quelques minutes du sanctuaire en le quittant par le Sud-Est. Sous cet angle, la Vague apparaît entière, majestueuse.

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Les courbes parfaites de la roche et des lamelles de grès sont absolument incroyables tant l’harmonie est parfaite.

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Ce décor divin imprégné à jamais dans nos méninges, nous savons désormais que nous avons atteint notre Graal. Nous décidons alors de quitter l’endroit avant l’arrivée des prochains hominidés à la discrétion peu engageante.

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Un ultime regard en arrière et nous filons maintenant vers l’Ouest pour profiter des alentours, toujours seuls au monde.

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Là encore, après quelques minutes, du très très beau. Nous surplombons maintenant les fameux brainrocks ou cerveaux de pierre aux formes explicites.

Brainrocks – Coyote Buttes North – Arizona
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A quelques foulées de là, nous découvrons une multitude de masses rocheuses toutes plus incongrues les unes que les autres. Au loin, à proximité du Paria Canyon, nous devinons les grandes étapes de notre trajet retour, vers la civilisation.

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Nous profitons encore une fois des derniers frémissements de cette houle magique et descendons avec prudence les parois escarpées.

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La chaleur est maintenant intense et l’ombre inexistante… du moins pour nous autres humains. Ce western whiptail paré de petit pois des pattes à la tête peut lui en profiter un instant avant de repartir fouler le sable du désert.

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Comme dans tous les endroits désertiques traversés, nous sommes là encore fascinés par la diversité animale et végétale d’un lieu aussi inhospitalier. Si les lézards sont omniprésents, les oiseaux ne sont pas en reste. Ici, un superbe troglodyte des rochers parcourt à la vitesse éclair chaque anfractuosité de la roche avant de s’apercevoir de notre présence et de nous observer nous éloigner lentement.

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La flore n’est pas en reste et les cactus hérisson couleur fraise agrémentent ici et là le sol tantôt rocailleux, tantôt sablonneux.

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Sur notre chemin de croix, les ombres glissent sous la frêle végétation. De temps à autres, une petite tête se fait curieuse et reste nous contempler.

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La végétation mise à rude épreuve n’en délivre pas moins des beautés insoupçonnées. Un hommage à The Wave?

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A deux pas de là, un magnifique lézard épineux du désert nous regarde le dépasser dans la souffrance, sous l’écrasante chaleur de ce début d’après-midi qui voit approcher la fin de notre divin calvaire.

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De retour à notre véhicule, nous restons un long moment sans bouger, accablés par la chaleur et la fatigue, encore groggy par toutes ces émotions. En silence, nous enfilons quelques calories bien méritées tels des zombies, les masséters ankylosés par l’effort accompli et la déshydratation, l’encéphale encore sous la vague. Suffisamment requinqués, nous quittons les fantastiques Coyote Buttes North en direction de Page par la longue piste poussiéreuse que nous connaissons bien désormais. Après avoir récupérés l’asphalte, nous parcourons les étendues désertiques jusqu’au Wahweep Overlook, un très beau point de vue sur la partie Ouest du lac Powell. Ici encore, le contraste des bleus et des ocres est saisissant et offre un spectacle bluffant.

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Avant de filer trouver un logement confortable qui nous permettra de savourer cette douche tant méritée, nous effectuons un mini-crochet sur les hauteurs de Page afin d’observer le mythique Colorado que nous avions croisé à Toroweap Point. L’endroit est impressionnant mais les pylônes des lignes THT voisines nous rappellent la proximité du barrage et nous font déjà regretter les merveilles de ce début de journée. C’est sûr, n’est pas The Wave qui veut !

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