06h30 – En ce petit matin, le chant des oiseaux chatouille mes tympans et me sort en douceur de mon profond sommeil. Il est temps pour moi de filer à la rencontre de ces talentueux musiciens, illustres inconnus qu’il me tarde de connaître.
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Le premier compagnon de cette virée matinale s’époumone à quelques mètres de la voiture, il s’agit d’un superbe mâle adulte de tohi tacheté. Facilement reconnaissable à son œil rouge, ses flancs roux et ses nombreuses taches blanches sur le manteau et les scapulaires, il me fait l’éloge de ses vocalises comme pour m’annoncer le commencement d’une bien belle journée.

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A quelques bosquets de là, c’est une frimousse déjà croisée que j’aperçois sur un arbuste mal en point. Un superbe mâle de roselin familier compose quelques notes flutées tandis que sa moitié file se réfugier sous les frondaisons.

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Tandis que j’observe l’enivrant ballet des hirondelles à face blanche au-dessus de ma tête, une petite tache colorée attire mon regard à la cime d’un arbre mort. Un magnifique colibri à gorge noire s’est posée là et guette les environs. Comme tout bon trochilidé, il filera bientôt tel un petit éclair à la recherche de nectar, si vital pour sa survie. C’est que chaque jour, cette minuscule boule de plumes doit ingurgiter l’équivalent de son poids pour survivre, d’où la nécessité de se nourrir 5 à 8 fois par heure !

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Dans cette zone riparienne s’étalant de part et d’autre de la Fremont River, buissons et arbustes sont autant de garde-manger et d’abris pour nombre de passereaux. Les frêles silhouettes filent de branche en branche et les gazouillis trahissent délicatement leur présence. Alors que les gobemoucherons gri-bleu jouent les sentinelles, une discrète paruline à calotte noire se faufile entre les chatons des tamaris.

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A deux pas de là, c’est un cardinal à tête noire qui joue les passe-buissons sous le manège des hirondelles à face blanche.

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Le soleil est désormais haut dans le ciel et mes amis ne chantent plus vraiment, trop affairés à entamer leur premier repas de la journée. Je les laisse à cette activité et nous prenons bientôt la route en direction du tout proche Capitol Reef.
Après un rapide passage par l’oasis de Fruita fondée par les premiers Mormons à la fin du XIXème siècle, nous nous retrouvons très vite sur la belle mais courte Scenic Drive. Plus difficile d’accès que les autres parcs nationaux, l’exploration de Capitol Reef ne peut se faire sans 4×4 ou randonnées de plusieurs jours. Faute de temps et d’équipements, nous nous contenterons donc comme nombre de visiteurs d’en cerner la beauté depuis l’asphalte et les quelques treks aménagés. Ici, la Nature est encore superbement préservée et c’est un réel bonheur de découvrir ces immenses espaces préservés de la main de l’Homme. Sur près de 1000 km2, montagnes et canyons sont le refuge de nombre d’espèces animales et végétales, certaines menacées comme le chien de prairie de l’Utah, le pygargue à tête blanche (emblème national des Etats-Unis), la chouette tachetée mexicaine (mexican spotted owl) ou encore la superbe Gilia caespitosa à fleurs roses.

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Afin de goûter à ce petit paradis sans risquer de le mutiler, nous nous engageons sur l’un des plus célèbres parcours du parc, le Grand Wash Trail.

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Au-dessus de nos têtes, quelque part dans ce chaos minéral, se trouve l’arche de Butch Cassidy, le célèbre bandit. On l’imagine alors, planqué après un mauvais coup dans cette citadelle imprenable, avec ses comparses de la Wild Bunch, le Kid en tête…

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A mesure que nous nous enfonçons dans le canyon, les parois rocheuses deviennent gigantesques et se resserrent sur nous jusqu’à nous laisser dans l’ombre. Il est alors difficile d’imaginer la puissance des torrents épisodiques ayant creusé cette roche pourtant si dure. Aujourd’hui encore, ces lits asséchés se transforment ponctuellement en machine à tuer lors de flashfloods (crues subites) faisant suite à de violents orages.

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En dépit de ces violents épisodes et de l’aridité de l’endroit le reste du temps, quelques arbustes parviennent à pousser ici et là. Nous ferons ainsi la connaissance d’une superbe paruline grise venue y trouver refuge, puis d’un impressionnant mais inoffensif desert striped whipsnake.

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Il n’est pas encore midi et le soleil tape déjà très fort. Sur le chemin du retour, nous décidons donc de profiter un moment de la clim’ en découvrant les derniers miles de la belle Scenic Drive. En chemin, arrêt à Egyptian Temple, au nom évocateur à raison. On verrait bien ici deux sphinx plantés de part et d’autre de l’édifice qu’on pourrait croire ciselé des mains d’Imhotep en personne!

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Après avoir fait l’impasse sur le Golden Throne Trail au terminus de la Scenic Drive, décision est prise d’écourter notre séjour sur Capitol Reef et de profiter au maximum de l’après-midi sur la très réputée Scenic Byway 12 courant jusqu’à Bryce Canyon. Nous passons certainement à côté de petites merveilles mais comme dit plus haut, Capitol Reef nécessite plus de moyens et de temps que les autres parcs pour en apprécier la beauté et l’immensité sauvage. Une autre fois peut-être…

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Avant de quitter le parc par l’Ouest, une dernière immersion dans ces splendides paysages rouge-orangé depuis Panorama Point.

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A la sortie du parc et à partir de la petite bourgade de Torrey, les paysages changent de manière radicale et totalement inattendue. Pour la première fois depuis bien longtemps, les étendues poussiéreuses aux tons chauds laissent place à un tapis de verdure qui ondule au gré du relief. Nous sommes à nouveau au sein d’un des gigantesques fragments de la Dixie National Forest, massif que nous avions entraperçu lors de notre passage à Bluff. La vision de cette palette de verts incroyables au sortir d’un désert de pierres et d’arbustes rabougris est absolument sidérant. L’Utah est décidément un état fascinant…

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A mesure que nous grimpons la face Est de la Boulder Mountain, la température chute et la neige apparaît en bordure de route. A hauteur du Larb Hollow Overlook, panorama époustouflant sur le Waterpocket Fold de Capitol Reef, le Lower Bowns Reservoir et les Henry Mountains au loin.

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Du côté de Oak Creek et de pleasant Creek, la route s’enfonce dans la forêt, sublime. La tentation d’une randonnée dans cet environnement exceptionnel se fait rapidement sentir et nous nous engageons à l’inconnu sur un des nombreux sentiers ponctuant le massif.
Dans la fraîcheur de cette belle forêt mêlant trembles et conifères, nombre d’espèces d’oiseaux s’activent en ce début de la belle saison. Pour notre plus grand bonheur, nous croisons ici notre premier geai de Steller, d’un bleu incroyable.

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Un peu plus loin, c’est une femelle de merlebleu de l’Ouest qui nous fait l’honneur d’une visite sous le regard craintif d’un merle d’Amérique et les cabrioles d’une femelle de roitelet à couronne rubis.

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Les picidés ne sont pas en reste, on les entend tambouriner à chaque coin du massif. Un splendide mâle adulte de pic flamboyant nous gratifiera de sa présence le temps d’un instant.

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De retour de cette délicieuse balade à la fraîche avec nos amis à plumes, nous regagnons notre véhicule sous les orbes des urubus à tête rouge. Après quelques miles, nous atteignons le point culminant de la Scenic Byway 12, à 9636 pieds (2937 m). La forêt laisse désormais place à d’immenses prairies ponctuées d’une myriade de lacs. Nous sommes à la limite des hauts plateaux de la Boulder Mountain dont le sommet culmine à 11317 pieds (3439 m). Ici, les écarts thermiques peuvent être énormes avec des températures avoisinant les 40°C en été et les -40°C en hiver !
Nous redescendons désormais doucement la montagne et renouons avec la forêt jusqu’à la minuscule bourgade de Boulder où un petit groupe d’ibis à face blanche nous attend.

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A partir d’ici, la végétation se fait à nouveau plus clairsemée et laisse progressivement place aux paysages arides et rocailleux que nous avions quittés à Capitol Reef. Nous entrons dans le Grand Staircase-Escalante National Monument, immense étendue sauvage à souhait. En contrebas de la route, le Calf Creek Canyon et sa ripisylve luxuriante offre un contraste saisissant avec les roches d’or qui ponctuent à l’infini le panorama.

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A hauteur du Head of the Rocks Overlook, vue imprenable sur la région et les Henry Mountains au loin. Superbe…

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Après une courte halte dans la petite ville d’Escalante, nous prenons la direction du désormais tout proche Bryce Canyon. Sous une délicieuse lumière de fin de journée, nous avalons les derniers miles de cette merveilleuse excapade à travers ces immenses étendues sauvages. Lorsque nous atteignons les premières maisons de Cannonville puis de Tropic, la nuit s’installe doucement mais laisse encore entrevoir les impressionnantes falaises ciselées qu’ils nous tardent de découvrir. Nous nous endormons bientôt des images de grands espaces plein la tête. Déserts, forêts, canyons, lacs et montagnes défilent devant nos yeux à demi-clos. Une sensation de plénitude indescriptible nous transporte et a finalement raison de nos derniers instants de lucidité, avant de sombrer dans un délicieux sommeil onirique…

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