25 mai 2013, Madison Campground, Wyoming
Comme à l’accoutumée désormais, c’est aux aurores que nous quittons notre campement pour profiter de Yellowstone en solitaire. Sur la route déserte qui nous conduit au Norris Geyser Basin, les immenses forêt de conifères s’étendent à perte du vue, jusqu’aux sommets enneigés du Montana tout proche. De temps à autres, d’immenses colonnes de fumée blanche s’échappent des trouées créées par une activité géothermique intense ayant eu raison des proches épicéas. Profitant de la légère brise matinale, les panaches s’étirent vers le ciel, sous le regard impassible des grands wapitis, autochtones des premières heures. Un peu plus loin, le très rare cygne trompette et quelques grues du Canada profitent pleinement de la grand plaine verdoyante traversée par d’innombrables petits cours d’eau.

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Lorsque nous atteignons le Norris Geyser Basin, le parking attenant est encore désert. Bientôt, nous goûtons avec bonheur à un panorama absolument dantesque sur le Porcelain Basin, désert.

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Considéré comme l’endroit le plus explosif du parc, le Norris Geyser Basin est une zone très instable, avec une incroyable concentration de geysers de toutes tailles, crachant d’innombrables panaches de vapeur.

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Phénomène peu courant à Yellowstone, les eaux des geysers et des sources chaudes de Norris sont très acides. Elles laissent ainsi place à des formes de vie bactériennes et végétales différentes des autres endroits du parc, offrant aux visiteurs des couleurs incroyables.

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Formé à l’intersection de deux failles importantes croisant la fracture annulaire formée avec la caldeira, Norris est constamment en mouvement et remodelé sans cesse. Des sources chaudes se tarissent tandis que d’autres se forment, des geysers cessent leur activité subitement pour repartir de plus belle quelques mois ou années plus tard, le niveau de l’eau dans les bassins monte et baisse brusquement… La zone est donc très chaotique et confère aux paysages une grande versatilité.

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Ici plus qu’ailleurs encore, on ressent l’incroyable énergie magmatique sous nos pieds. Partout autour de nous, la Terre frissonne, les eaux bouillonnent, les fumerolles s’envolent lentement… Subjugués par ce spectacle sans équivalent sur la planète, nous nous retrouvons projetés aux origines du Monde, lorsque l’activité géologique était à son paroxysme et que tout n’était que laves, geysers et cheminées de feu…

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Renforçant le côté cataclysmique de l’endroit, des squelettes de conifères se dressent telle des forêts fantômes dans la grande plaine fumante et rugissante.

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Dans le grand Back Basin, l’ambiance est similaire. Un champ de fumerolles s’étend sur la Terre désolée recouverte d’une eau scintillante et entourée d’une épaisse forêt, rempart dérisoire face à la machine destructrice.

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Autour des cheminées de soufre et des myriades de geysers, des troncs à demi-pétrifiés et carbonisés jonchent le sol brûlant.

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Alors que nous déambulons aux portes de l’Enfer, de petits cris se font entendre au beau milieu des mudpots et à deux pas du Steamboat Geyser, le plus grand geyser au monde. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Back Basin accueille quelques gravelots kildir téméraires qui n’hésitent pas à s’aventurer au plus près des sources chaudes !

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Laissant derrière nous notre compagnon des terres extrêmes à hauteur de la superbe Cistern Spring, nous entamons la fin du trail à point nommé, lorsque les premières hordes de touristes envahissent le platelage à contresens… Il est désormais temps pour nous de filer un peu plus au Nord encore, vers les fontaines magiques de Mammoth.

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Très certainement la tufière la plus connue au monde, Mammoth Hot Springs est un incroyable édifice calcaire formé au fil des millénaires. L’eau chaude de Yellowstone chargée en carbonate de calcium et en oxyde de fer a déposé ici des concrétions que l’on pourrait croire façonnées par l’Homme. Formant des vasques et des petits bassins, leur beauté est amplifiée par des couleurs fantastiques et un arrière-plan magique…

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Au fond de ces réceptacles naturels, les eaux chaudes chargées en oxyde ont fait naître de superbes sculptures miniatures aux couleurs très vives.

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Lorsque nous redescendons des cascades minérales, la foule présente autour des commerces en contrebas nous rappelle brutalement la notoriété du parc, très couru en ce long week-end américain, à l’avant-veille du Memorial Day. Après un ravitaillement sommaire devenu indispensable, nous fuyons rapidement la cohue pour renouer avec les grands espaces moins touristiques et prenons la route de la Silver Gate. Porte d’entrée Nord-Est du parc marquant la frontière avec le Montana, cette partie de Yellowstone pourtant très belle est peu fréquentée car l’activité géothermique y est bien moins intense qu’ailleurs. Elle s’avère cependant un endroit privilégié pour rencontrer nombre de mammifères mythiques de l’Ouest sauvage.
Alors que nous scrutons les immenses collines s’étendant à perte de vue, nous faisons la rencontre de notre premier ours noir, occupé à concurrencer les bisons en broutant de l’herbe sans discontinuer, à tel point que nous ne le verrons que de dos avant qu’il ne se mette à couvert !

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A quelques miles de là, alors qu’une buse à queue rousse cercle au-dessus de nous, un troupeau de superbes mouflons canadiens se prélasse tranquillement en lisière de forêt. Appelés ici bighorns, ce sont des animaux sauvages très athlétiques. Les béliers se livrent des combats incroyables avec leurs cornes démesurées.
A leurs côtés, un spermophile à manteau doré joue à cache-cache entre les blocs rocheux.

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Passé Tower-Roosevelt, la Silver Gate Road longe la Larmar River puis le Soda Butte Creek. Autour d’elles s’étendent de vertes prairies où paissent tranquillement des centaines de bisons, au pied des monts enneigés de l’Absaroka… Quel bonheur de redécouvrir cette vision mythique du grand Ouest américain que je croyais définitivement perdu dans les affres de l’Histoire !
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De retour des merveilleuses forêts s’étirant jusqu’à Cooke City, nous prenons cette fois-ci la route de Canyon Village pour profiter du coucher de soleil sur la Yellowstone River. En chemin, nous traversons d’immenses étendues sauvages portant encore les stigmates du terrible incendie de 1988 qui ravagea plus d’un tiers du parc soit près de 3212 km2 (la superficie du département du Rhône) ! 25 ans plus tard, d’immenses parcelles de squelettes calcinés sont encore visibles par endroit, nous montrant à quel point les catastrophes d’un instant peuvent se répercuter pendant des décennies…
A hauteur du Mont Washburn (3122 m) où la vie reprend doucement ses droits, les températures dégringolent et les bas-côtés de la route laissent place à un épais manteau de neige. Nous sommes ici au coeur du parc de Yellowstone, repère des loups gris, des élans et des grizzlis.

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Lorsque nous arrivons à hauteur de Canyon Village, la plupart des touristes sont déjà sur le départ. Depuis le promontoire surplombant les Brink of lower falls, panorama splendide sur le canyon de Yellowstone et ses falaises d’or qui ont donné leur nom au parc. Tout en bas, la Yellowstone River semble s’écouler paisiblement. Pourtant, quelques dizaines de mètres en amont, les chutes inférieures rugissent furieusement. Hautes de près de 94 mètres, ce sont les plus hautes chutes du parc.

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A leur hauteur, un sympathique sentier descend en épingle jusqu’à un promontoire situé juste au-dessus du précipice. Nous profiterons de ce superbe endroit en solo, après le départ des derniers visiteurs. On imagine alors l’émotion des premiers pionniers lorsqu’ils arrivèrent ici il y a 200 ans, là où aucun homme blanc n’était passé avant eux…

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Sur le chemin du retour, nous croiserons une magnifique marmotte à ventre jaune (yellow-bellied marmot, Marmota flaviventris) qui filera se réfugier avec une dextérité incroyable sur le pentes abruptes du canyon.
Avant de regagner notre campement, nous goûtons une dernière fois aux délices du lieu au bien nommé Inspiration Point. En cette fin de journée, un silence incroyable gagne l’immense forêt jusqu’aux parois dorées. Dans le lointain, les chutes grondent désormais timidement et laissent présager d’une bien belle nuit. Demain, nous reviendrons ici voir les prouesses de l’oncle Tom, sur l’autre rive du Canyon…

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