10 mai 2013, Zion National Park, Utah
06h00 – Les premiers rayons du généreux soleil de mai illumine déjà les contreforts de Temple Cap, tout là-haut. En contrebas, l’étroit canyon de Zion, encore dans l’obscurité, se réveille doucement. Tandis que le merle d’Amérique et le piranga à tête rouge sortent la vallée de sa torpeur nocturne, les biches de cerf hémione se baladent entre les tentes des campeurs encore assoupis. Il est temps de profiter de la splendide vallée, pour nous tout seul ou presque.

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Terminus de la Canyon Road, le temple de Sinawava, amphithéâtre naturel de près de 1000 m de profondeur, offre un accès majestueux à la Riverside Walk. Cette sympathique promenade nous plonge délicieusement dans la ripisylve de la Virgin River. Sauvage à souhait, cette langue de verdure est le paradis d’une faune exceptionnelle.

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Au beau milieu d’une terre aride façonnée par les âges, Zion apparaît tel une arche de Noë. Lorsque les Mormons découvrirent l’endroit, ils le baptisèrent naturellement Zion, soit sanctuaire en hébreu. Effectivement l’endroit regorge de vie. A peine entré dans la zone riparienne, un pic chevelu (Hairy woodpecker, Picoides villosus) nous accueille avec des tambourinements énergiques. A quelques battements d’ailes de là, un cincle d’Amérique pose sur un rocher poli par le travail de la Virgin River.

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Le soleil monte maintenant rapidement dans le ciel et les reflets mordorés enveloppent la surface des eaux et les rochers qui s’y baignent.

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Nous poursuivons notre périple en direction des narrows, endroit où les parois vertigineuses du canyon se resserrent au point de pouvoir toucher chaque paroi avec ses bras. L’aventure se continue alors dans l’eau glacée. Nous croiserons plusieurs groupes de randonneurs munis de combinaisons néoprène et de bâtons pour goûter à cette aventure déconseillée aux claustrophobes. N’étant pas équipés pour une telle expédition, nous resterons pour notre part, les pieds sur terre, les oiseaux de toutes sortes à nos trousses.

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A mesure que l’on avance, le bruissement de la North Fork of Virgin River nous enivre de son pouvoir relaxant. Après quelques minutes d’évasion minérale, un bruant fauve et une paruline jaune chantent de concert et nous rappellent à la faune.

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Au zénith, un urubu à tête rouge profite des vents ascendants et cercle dans le bleu intense du ciel utahain.

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Si les oiseaux de toutes sortes sont foison, ce ne sont pourtant pas les seuls à avoir élu domicile dans le canyon. Alors que retournons en direction du temple de Sinawava, un écureuil des rochers traverse le sentier à quelques mètres de nous, la gueule remplie d’herbes séchées pour confectionner son nid.

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Ecureuil terrestre de grand taille, on le retrouve essentiellement dans le grand Ouest américain ainsi qu’au Mexique, dans les zones rocailleuses où il creuse son terrier sous les rochers. Bon grimpeur, il peut aussi trouver refuge dans les arbres. Vivant en colonies, il n’est donc pas rare d’en croiser plusieurs sur une même zone. Effectivement, peu de temps après, nous croiserons deux autres individus, aussi familiers que le premier.

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Au retour à notre point de départ, le soleil inonde désormais le temple de Sinawava et embrase les grès immémoriaux.

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Formidables vitrines sur la géologie de la région, les falaises de Zion telles celles de Sinawava représentent des coupes stratigraphiques de plusieurs dizaines de millions d’années. Les grès rouges et blancs visibles ici font partie des grès de Navajo (Navajo sandstones) et datent du milieu du Jurassique (-175 Ma). Quand on pense que ces magnifiques falaises ont d’abord été de gigantesques dunes de sable…

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Nous reprenons le shuttle bus obligatoire en cette saison et filons vers Angel’s landing, l’une des randonnées les plus prisées du parc, qui doit nous amener depuis le fond du canyon vers l’un des sommets les plus spectaculaires du parc !

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Le sentier commence gentiment par une immersion dans la coulée verte qui a fait la réputation du parc. En face de nous, notre but, le Saut de l’Ange, immense et sublime !

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Durant cet ultime moment de répit avant une grimpette de quelques heures, nous profitons de l’explosion de couleurs, des superbes pinceaux indiens flamboyants aux yuccas d’un vert profond.

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Ici aussi, la faune est bien présente et les gobemoucherons gris-bleu nous rendent régulièrement visite comme pour nous encourager.

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Après un petit kilomètre, le sentier s’échappe progressivement de la ripisylve et sous la chaleur du grand Ouest, nous nous élevons lentement au-dessus du canyon pour un vue panoramique incroyable.

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Le chemin vire ensuite à gauche et se faufile entre les falaises orangées. La pente se fait bientôt plus douce et la fraîcheur du lieu humide et ombragé arrive à point pour un entracte bien mérité avant l’ultime ascension.

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Après une vingtaine d’épingles à cheveux très raides, nous arrivons enfin à la première étape du trek, là où s’arrête le sentier à proprement parler. Sur ce plateau très étroit, vue incroyable sur le Canyon de Zion et le reste du parcours menant au Saut de l’Ange.

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Sur le promontoire rocheux acéré comme une lame de rasoir, le trek se poursuit à même la roche, accroché à une chaîne dans les endroits difficiles. Sur certains passages, la roche est rendue glissante par la poussière déposée sur la roche, il vaut donc mieux éviter de faire le malin au risque de se retrouver rapidement quelques centaines plus bas !

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Malheureusement, le temps se fait menaçant et tourne progressivement à l’orage. Au loin, le tonnerre gronde déjà et nous jugeons plus prudent de redescendre sans tarder.

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Bien, nous en a pris car les premières grosses gouttes commencent à s’écraser sur le sentier bientôt glissant. Une averse bienfaitrice pour certains, comme ce superbe Leptosiphon nuttallii, accroché à son bout de roche, les racines dans la poussière.

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Nous redescendons le sentier en alternant foulées rapides et refuges éclair sous les abris naturels creusés par les éléments dans le grès. Le ciel est désormais bien gris et la pluie tombe fort. Après un passage rapide au campement pour un décrassage bien mérité, nous reprenons la route en direction de Grafton, minuscule village fantôme à quelques miles au sud-ouest de Zion. Une poignée de maisons restaurées, une église-école et un cimetière, voilà planté le décor avec en toile de fond le magique Zion.

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La pluie a désormais cessé et le ciel s’éclaircit doucement, nous ramenant par la même occasion les oiseaux qui commençaient à nous manquer. Sur la piste menant à la ville fantôme, une magnifique buse à queue rousse scrute les alentours de son œil perçant.

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Un peu plus loin en direction de Rockville, un non moins superbe tyran de l’Ouest chasse les insectes à même le sol.

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L’après-midi touche bientôt à sa fin mais nous décidons de profiter d’un temps redevenu clément pour sortir de la vallée et découvrir le Nord du parc. Kolob Canyons étant trop éloigné pour le temps imparti, nous nous engageons sur la splendide Kolob Terrace Road. Plongée assurée dans l’ambiance typique du grand Ouest américain, avec ses paysages grandioses, immenses, ces lumières de fin de journée magiques, ses routes désertes et son ambiance… far west… Nous grimperons jusqu’à Pine Valley Peak pour une petite randonnée magique au coucher de soleil, avec en contrebas, une vue imprenable sur le Sud du parc.

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Au loin, la formation de Temple Cap domine les Navajo sandstones de ses argiles rouges caractéristiques pour un dégradé de couleurs incroyables.

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Le soleil se couche déjà derrière les montagnes alentours et nous reprenons la Kolob Terrace Road sous un délicieux crépuscule. Lorsque nous arrivons sur Springdale, la nuit a déjà enveloppée la vallée. Tandis que les feux des campeurs dansent ça et là tels des lucioles, nous nous endormons des images incroyables plein la tête…

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