22 mai 2013, Salt Lake City, Utah
Une fois n’est pas coutume, nous quittons Salt Lake City après une grasse matinée bien méritée. Les trails à répétition de ces quinze derniers jours nous ont bien lessivés et il était grand temps de recharger les batteries !
La matinée touche à sa fin lorsque nous sortons enfin de l’immense aire urbaine au réseau routier démesuré. Le programme de la journée n’est pas des plus réjouissants puisque nous devons avaler les 500 km qui nous séparent encore de Jackson Hole, dans le Wyoming. Après avoir définitivement fait nos adieux au Grand Lac, nous nous dirigeons maintenant vers le Nord et le tout proche Idaho. Pour la première fois depuis le début de notre séjour, la route nous paraît presque monotone. Pourtant, les paysages qui défilent sous nos yeux sont plutôt beaux mais les merveilles enchaînées chaque jour depuis notre départ de Los Angeles nous ont rendu difficiles… Peut-être aussi que la météo maussade de ce jour n’aide pas…
Jusqu’à Idaho Falls, les immenses étendues cultivées alternent avec les vastes prairies longeant la Snake River. Jadis, tout ici n’était que poussière, c’est la construction du Great Feeder – un immense canal d’irrigation – qui changea irrémédiablement la morphologie de la vallée, la transformant en un providentiel grenier à grains.

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Passé Idaho Falls, les paysages changent doucement à mesure que l’on s’avance vers l’Est par la Swan Valley. Devant nous, la Pine Creek Road nous entraîne vers la Stouts Mountain, ultime rempart avant la bourgade de Victor. Victor derrière nous, la Teton Pass Road grimpe sec vers le Sud-Est, en direction du tant attendu Wyoming. A mesure que nous gagnons de l’altitude, le thermomètre plonge gentiment et les premières trainées de neige apparaissent sur les bas-côtés. Nous atteignons bientôt la Teton Pass à 8431 pieds (2570 m).

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Devant nous, les imposants sommets du Grand Teton Wilderness apparaissent, Jackson Hole et la Snake River (encore elle !) à leurs pieds.

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Il pleut désormais lorsque nous atteignons Jackson Hole. Pris dans les bouchons de cette petite cité ultra-touristique, nous constatons avec angoisse que la journée sera bientôt terminée sans une petite balade à se mettre sous la dent :(…Non, impossible… Libérés de la nasse, nous trouvons en un temps éclair un hôtel pour la nuit et débarquons notre barda avant une virée au Phelps lake…
Lorsque nous arrivons sur le parking du Laurance Rockefeller Preserve, les derniers pêcheurs plient les gaules et nous nous retrouvons bientôt seuls, à deux petites heures de la tombée de la nuit, dans un silence inquiétant. Devant nous, le panneau d’information sur les ours ne nous rassure pas vraiment, nous sommes seuls, dans la grisaille d’une sombre soirée, à des km de la première habitation, sans spray au poivre dans le sac à dos…Bon, faudrait pas de bol certes mais d’autres avant nous ont dit cela et l’ont regretté…Nous décidons quand même d’y aller avec une pointe d’appréhension…

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Dans un silence de cathédrale, nous avançons prudemment sur le sentier boueux, tous les sens en alerte. Devant nous, un petit bourdonnement frénétique se fait entendre, un magnifique colibri à queue large butine de fleurs en fleurs, apparemment bien moins soucieux que nous…

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Tandis que le chemin serpente dans la sombre forêt en enjambant les roches affleurantes, les rives du lac Phelps apparaissent bientôt, superbes. En face de nous, l’inquiétant Death Canyon est surmonté par l’Albright Peak (3216 m) et la Prospectors Mountain (3426 m). Au loin, un couple de bernaches du Canada s’envolent vers l’ancien glacier, magique…

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Sur le retour, le sentier longe pendant un long moment les bords du Lake Creek, petit ruisseau aux eaux impétueuses. Un cincle d’Amérique a élu domicile ici et nous gratifie de ces plongeons acrobatiques pour chiper quelques larves aquatiques avant la nuit.

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De retour dans le sous-bois profond, le murmure du Lake Creek s’atténue peu à peu et le silence se fait à nouveau pesant. La forêt semble déjà endormie en cette fin de journée maussade et seul un sympathique bruant familier montrera rapidement le bout de son bec et sa belle calotte rousse. Notre crainte des premières minutes semble déjà loin et le temps comme suspendu dans cette forêt fantôme où nous nous sentons désormais comme chez nous.

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La nuit est presque là lorsque nous regagnons notre point de départ. Un dernier regard là-haut, sur les hautes cimes enneigées où se déchirent les nuages, et nous reprenons sans un mot le chemin de Jackson.

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Au pied du Dodge, une sublime petite larkspur nous glisse une confidence, demain c’est certain, vous en aurez plein la vue 😉

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