21 mai 2013, Piute State Park, Utah

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07h00 – Ce matin, nous sommes réveillés en douceur par le chant d’un petit groupe de carouges à tête jaune inspirés. Les hirondelles ont quitté leur dortoir à l’aube et les blackbirds sont désormais maîtres des berges. Sur le plan d’eau, le ballet des grèbes à face blanche a remplacé celui de leurs cousins élégants.

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A quelques brasses de là, un grèbe à cou noir en livrée nuptiale plonge à tout-va en quête d’insectes aquatiques. Son plumage noir et or est si remarquable en cette saison qu’il m’est toujours difficile d’y voir la même petite boule de plumes qu’en hiver !

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Après un tour du réservoir et la rencontre de moult compagnons ailés en tout genre, nous prenons la route de Salt Lake City et du Grand Lac Salé, 400 km plus au Nord.
Afin de rompre la monotonie de l’Interstate 15, nous birfuquons à hauteur de Nephi en direction du Mont Nebo. Sur le bord de la route déserte qui enlace les vertes collines, d’immenses mobile-homes apparaissent ça et là, dans l’attente des beaux jours à venir ou, pour les moins chanceux, dans le souvenir des bonheurs passés. Pour le moment, pas un lynx roux dans les parages… c’est donc dans un silence incroyable, au détour d’un de ces lacets, que nous découvrons les vastes étendues de la Uinta National Forest, sur les flancs d’un Mont Nebo enneigé.

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A quelques miles de là, toujours plus haut dans le massif, un court sentier forestier nous mène à un mini-Bryce, larme de feu dans un océan de verdure. Nous arrivons à Devils Kitchen… Si les pals et les grills se sont tus, on s’imagine très bien des petits diablotins dansant sur ces roches enflammées le soir venu…

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De retour des cuisines du diable, un panorama à l’extrême opposé nous attend, avec ses tons frais et verdoyants. Le Mont Nebo, imposant massif aux trois têtes glacées, nous domine de ses 3636 m.

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Nous poursuivons notre ascension vers le sommet lorsque les premiers éboulis nous obligent bientôt à slalomer au bord du précipice. Confiants, nous continuons la montée jusqu’à se retrouver coincés par une langue de glace de 2 m de hauteur en travers de la chaussée ! Aïe, pour le coup, pas d’autres alternatives que de redescendre de là où nous venions…Nous dévalons non sans délice la superbe route une seconde fois, avant de reprendre contact avec la civilisation sur le chemin du Great Salt Lake.
Si l’Utah est très majoritairement une contrée aux paysages sauvages au possible, le contraste avec l’interminable aire urbaine de Salt Lake City n’en est que plus violent. Coincée entre les montagnes Wasatch et le Grand Lac, elle regroupe plus de 85% de la population de l’Utah et le trafic y est très dense aux heures de pointe. Complètement déboussolés sur la monstrueuse 2×8 voies encombrée de monster trucks et autres 4×4 géants, nous retrouvons avec soulagement un peu de verdure et de calme à hauteur de Syracuse. Encore quelques petits miles et nous renouons avec les grands espaces, sur la digue menant à Antelope Island. A partir d’ici, nous entrons dans un autre monde, à seulement quelques minutes de l’enfer urbain. Devant nous, une digue interminable amène les rares visiteurs du jour à l’île aux pronghorns, entourée à perte de vue par les eaux saumâtres du Grand Lac.
Tout au long de la digue, les oiseaux marins sont légion, cueillant leur nourriture dans l’inépuisable gisement d’artémias. Parmi les stars de l’endroit, la superbe avocette d’Amérique. Avec ses pattes bleues et ses tons chamois, elle concurrence sérieusement sa cousine transatlantique, pourtant très belle. Phalaropes à bec étroit, grèbes à cou noir et gravelots kildir sont aussi de la partie et ponctuent à perte de vue l’immense plan d’eau salé.

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Le goéland de Californie est également présent en nombre en cette période de reproduction. Facilement reconnaissable en nuptial avec ses taches rouge et noire sur le bec, le rouge vif à la commissure du bec et sa tête intégralement blanche, on le retrouve exclusivement en Amérique du Nord (quelques occasionnels en Équateur également). Hors zone littorale, il fréquente lacs et marais. Sur le Grand Lac Salé, il est sédentaire et est considéré comme le « state bird » de l’Utah depuis 1955. Un monument lui est même consacré à Salt Lake City car il aurait sauvé les populations de la famine en 1848, en participant à l’éradication des criquets des Rocky Mountains ayant envahi les cultures des premiers Mormons…

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Arrivés sur terre, le festival ornitho continue avec des oiseaux de toutes parts. Alors qu’un sympathique mâle de vacher à tête brune émet des vocalises étonnantes, tantôt liquides puis métalliques, une superbe pie-grièche migratrice chasse le criquet à quelques mètres de là.

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Un peu plus loin, dans les vastes prairies menant à White Rock Bay, un autre volatile emblématique de l’île nous gratifie de sa présence, l’étonnant courlis à long bec. Égalant le courlis de Sibérie, ils sont les deux seules espèces de limicoles sur Terre à avoir un aussi long bec! Ils s’en servent pour remuer vases et terres à la recherche de mollusques ou d’insectes.

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Les prairies ouvertes d’Antelope Island, à végétation haute, sont des lieux qu’il affectionne particulièrement pour élever ses petits.

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A ses côtés, nous retrouvons avec bonheur notre premier pronghorn sur l’île, un beau mâle au masque noir caractéristique.

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La richesse ornithologique de l’île en est presque déroutante au point de ne plus savoir où donner de la tête. Alors que nous observons notre beau pronghorn, une alouette haussecol vient se poser à quelques mètres de nous, ses deux petites houppettes de diablotin au vent.

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Les présentations terminées avec notre petit diable jaune, nous empruntons la bien nommée Buffalo Point Road, porte d’accès au sommet septentrional de l’île. De là, point de vue prodigieux sur la White Rock Bay, avec en toile de fond le Farnsworth Peak et Stansbury Island.

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Alors que nous nous délectons de ces grands espaces pour nous seuls, une masse noire attire notre regard sur le sable blanc de White Rock Bay. Notre premier bison du voyage déambule paisiblement sur l’immense plage, laissant derrière lui une étrange trace éphémère. Nous ne serons jamais ce qu’il cherchait, zigzaguant sur cette vaste étendue de sable, pourtant si désolée pour un insatiable brouteur comme lui…

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En chemin vers Bridger Bay, nous rentrons à nouveau dans une véritable carte postale. Les vastes prairies desséchées d’Antelope semblent surmontées par les sommets enneigés de la Wasatch Range, le tout encerclé par des eaux imperturbables d’un bleu pastel à tomber…

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De retour dans la vallée à l’abri des vents chauds, les amis à plumes sont ici encore maîtres des lieux. Curieusement, ce n’est qu’après deux semaines de voyage que nous rencontrons notre première pie d’Amérique ! Proche de sa cousine européenne, elle en diffère entre autres par une plus grande taille et des scapulaires entièrement blancs.

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A hauteur de Bridger Bay, nous croisons un petit groupe de perdrix choukar puis un second bison, cette fois-ci à quelques dizaines de mètres seulement, superbe ! Croiser cet animal emblématique du grand Ouest sur Antelope n’est pas chose difficile car ils sont relativement nombreux aujourd’hui, entre 500 et 700 individus. Ils ont été introduits sur l’île en 1893 et le troupeau de l’époque, composé de 12 bêtes seulement, n’a cessé de grandir depuis.

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Le tour de la pointe Nord de l’île effectuée, nous découvrons maintenant le littoral oriental depuis l’Antelope Island Road qui mène à l’ancien Fielding Garr Ranch (1848). A quelques mètres de la chaussée, un mâle pronghorn aux imposantes cornes fourchues se laisse admirer sans broncher.

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Une petite famille de cerfs hémiones avance tranquillement en contrebas. Intrigués par notre présence, ils resteront un long moment nous fixer pour repartir finalement aussi calmement qu’ils nous avaient approchés. Finalement, nous recroiserons successivement les deux espèces plusieurs fois jusqu’au terminus de la route.

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Busards d’Amérique et faisans de Colchide sont également de la partie dans les hautes herbes dévalant vers le lac. Sur l’un des rares buissons de la zone, un moqueur des armoises nous surveille de son oeil perçant tandis qu’une sturnelle de l’Ouest nous gratifie de son magnifique plumage nuptial d’un jaune étincelant.

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Le soleil est désormais bien bas lorsque nous revenons du Fielding Garr Ranch. A mi-parcours entre Buffalo Bay et le ranch, panorama époustouflant sur les Wasatch Mountains et la partie Est du Great Lake.

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Une dernière balade sur les flancs de montagne dévorés bientôt par leur propre ombre et nous reprenons avec émotion le chemin de la digue. Comme pour mieux nous rappeler la magie du lieu et les instants privilégiés qu’ils nous ont offerts, nos amis à plumes nous raccompagnent vers l’autre monde, celui du vacarme routier et des fumées d’usines, à quelques battements d’ailes de ce petit paradis…

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