20 mai 2013, Cottonwood Canyon Road, Utah

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06h00 – Après une nuit à la fraîche dans notre chambre à coucher roulante, nous quittons tranquillement la désertique Cottonwood Canyon Road et remontons vers Bryce. La lumière matinale éclaire les grandes étendues sauvages en faisant rougeoyer les roches affleurantes. Nous goûtons avec délice la solitude du moment, dans ces paysages grandioses et fascinants. A hauteur de Sunset Point, dans une des nombreuses prairies bordées de pins et d’épicéas, nous faisons la rencontre de notre première antilope d’Amérique. Superbe avec son pelage fauve et sa crinière cuivrée, cette femelle pronghorn ne semblait pas le moins du monde s’intéresser à nous.
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Quand on pense que l’espèce fut à deux doigts de disparaître il y a un siècle… Aujourd’hui, on est encore très loin des dizaines de millions d’antilocapres qui sillonnaient le continent américain du Canada au Mexique, 200 ans plus tôt. Avec une population estimée à 700 000 individus en ce début de siècle, l’espèce semble désormais définitivement sauvée et c’est tant mieux. Le plus grand sprinter américain – avec ses 110 km/h en pointe – peut désormais dormir sereinement sur ces deux grandes oreilles.

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A mesure que nous filons vers le Sud et les hauteurs du parc, le généreux soleil n’y fait rien, le thermomètre continue sa descente amorcée depuis les contreforts de Bryce Canyon. Arrivés à Rainbow Point, le Dodge affiche un petit 32°F (0°C) pour 2778 m d’altitude. A cette heure, pas l’ombre d’un randonneur pour affronter le petit vent glacial qui nous accompagne jusqu’au point de vue. Et pourtant, le jeu en vaut la chandelle tant le panorama est fantastique avec cette lumière rasante ! Devant nous, la Dixie National Forest se perd à l’infini dans les champs de hoodoos et les ridges aux couleurs chatoyantes…

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Afin de ne pas geler sur place, nous nous engageons sur le tranquille Bristlecone loop trail qui nous mènera jusqu’au non moins sublime Yovimpa Point. Dans le sous-bois de cette superbe forêt, le pin bristlecone à la longévité inégalée (jusqu’à 5000 ans !) se reconnaît à son tronc tortueux. A ses côtés, le sapin de Douglas est magnifique en cette saison avec ses jeunes cônes colorés.

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Depuis le Yovimpa Point, vue imprenable sur le Sud de l’Utah et le Nord de l’Arizona avec le plateau de Kaibab en toile de fond et les crêtes rougeoyantes recouvertes de pins en premier plan. On comprend alors aisément pourquoi le lieu se nomme Yovimpa, soit Uimpabitz en langue Païute, et qui signifie « Pine tree ridge », que l’on pourrait tenter de traduire par la crête aux pins.

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De retour à Rainbow Point, cul-de-sac de la route traversant le parc, nous repartons en direction de l’amphithéâtre de Bryce. En chemin, une courte halte à Natural Bridge nous en met encore plein la vue…

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Deux petits miles plus loin, nous abandonnons les points de vue dont raffolent les Américains pour une petite randonnée entre Fairview Point et Piracy Point. De là, vue incroyable sur la Dixie National Forest et l’Est du parc.

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Avec la remontée progressive des températures au-dessus de 0°C, la faune sort tout juste de sa torpeur matinale. Tandis qu’un magnifique roselin de Cassin nous charme avec sa couronne de plume d’un rouge étincelant, un écureuil à manteau doré sort la tête d’un vieux tronc évidé encore sur pied.

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A deux pas de là, une paruline d’Audubon furette entre les aiguilles de pin desséchées et les rares brindilles parvenant à pousser dans cet environnement hostile.

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Avec sa crête d’un jaune éclatant, il s’agit sans nul doute d’un superbe mâle revêtu de son plumage nuptial pour mieux séduire sa prétendante.

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Nous reprenons ensuite la route en direction de Bryce Point. En chemin, la Paria View nous attend là encore, sublime… En contrebas, la Yellow Creek semble couler paisiblement au pied du plateau de Table cliff et des Pink cliffs.

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Alors que nous parvenons à Bryce Point, un superbe geai de Steller vient à notre rencontre et nous gratifie de son plumage d’un bleu somptueux. Dansant d’une branche à l’autre, il restera un long moment à se tortiller dans toutes les postures en se fichant éperdument de nous. Les oiseaux nord-américains sont d’une manière générale incontestablement moins farouches que leurs congénères européens et c’est un pur bonheur ! La pression de la chasse sur le vieux continent n’y est certainement pas pour rien 🙁

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Après avoir laissé notre ami Cyanocitta à ses occupations, nous arrivons enfin au mythique Bryce Point et sa forêt de hooodoos démesurée, qui a tant participé à la réputation du parc. Et c’est vrai que c’est magique…

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Repus de ces paysages à couper le souffle, nous décidons d’aller découvrir l’extrême Nord du parc dont nous avons eu un aperçu par la superbe UT-12. 500 m plus bas, le Mossy Cave trail semble parfait pour une balade digestive. Ici encore, les hoodoos semblent toucher le ciel.

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Comme à Zion, les gobemoucherons aux blanches lunettes rendent visite aux randonneurs de passage.

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Flanquée dans un étroit canyon surmonté de conifères et de hoodoos – le Water Canyon – la rivière offre un coin de fraicheur de toute beauté lors des coups de chaleur estivaux.

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Chose plutôt rare dans la région, ce superbe décor n’est pas complètement naturel puisque ce sont les premiers pionniers mormons de la région qui dévièrent dans cette vallée les eaux de la rivière Sevier. Aujourd’hui encore, Tropic et Cannonville irriguent leurs maigres cultures avec les eaux passant par le Water Canyon.

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Après un petit demi-mile, le sentier permet de découvrir le surplomb rocheux recouvert de mousse ayant donné son nom au lieu – Mossy Cave. Rien d’exceptionnel cependant, la cascade voisine surmontée de sa roche en dentelle est bien plus attractive.

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Un dernier regard sur la paisible vallée et nous reprenons l’UT-12 en direction de Panguitch. A quelques miles au Nord-Ouest de Bryce, nous nous offrons une dernière escale dans le pays des roches rouges, le Red Canyon. Boudé à tort par la grande majorité des visiteurs qui filent sur Bryce sans s’arrêter ici, l’endroit est pourtant superbe avec ses tons plus rouges que dans le grand parc.

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La faune est également très facile à approcher en raison du peu de randonneurs (nous croiserons seulement 2 autres trailers en deux heures de randonnée !). Alors qu’un cassenoix d’Amérique pousse son puissant et lugubre croassement, une paruline d’Audubon inspecte les roches rouges à la recherche d’insectes.

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Côté flore, nous aurons également le plaisir de découvrir une très jolie fleur endémique à la région, la Red Canyon phlox (Phlox gladiformis). Mais comment fait-elle pour pousser dans la rocaille?

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Les petits mammifères non plus ne sont pas en reste puisque nous croiserons le chemin de nombreux tamias et de minuscules écureuils-antilopes aussi vifs que l’éclair.

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L’après-midi touche déjà à sa fin lorsque nous entamons les 50 miles qui nous séparent de notre destination, le Piute State Park. Après quelques courses dans la bourgade de Panguitch, nous suivons les méandres de la rivière Sevier depuis l’US-89N. Les minuscules Circleville et Piute dépassées – respectivement 505 et 177 habitants, Circleville étant la plus grande ville du comté ! – nous arrivons finalement à destination, une heure avant le coucher du soleil. Juste ce qu’il faut pour apprécier la beauté du lieu et prendre nos marques dans le camping primitif désert, installé sur les berges du réservoir.

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En cette fin de journée printanière, la faune est très active autour du plan d’eau. Tandis qu’un lièvre de Californie (black-tailed jackrabbit, Lepus californicus) farfouille dans les broussailles autour de notre Dodge, un jeune oriole à ailes blanches vient nous rendre visite. Au-dessus de nous, dans les arbres, un mâle adulte en livrée nuptiale joue les acrobates devant sa belle.

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(Bullock’s oriole, Icterus bullockii), mâle 1ère année, Piute State Park, Utah
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(Bullock’s oriole, Icterus bullockii), mâle adulte, Piute State Park, Utah
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A ses côtés, un paisible tyran de l’Ouest chasse les nombreux moucherons que les hirondelles rustique et de rivage convoitent également.

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Installés à quelques mètres seulement du rivage, nous goûtons délicieusement aux ballets des demoiselles ailées devant ce paysage fantastique. Bientôt, nous nous endormons dans le silence du grand Ouest, une farandole de hoodoos et autres merveilles devant les yeux…

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