Au programme d’aujourd’hui, des montagnes enneigées, des fjords gigantesques et des glaciers toujours plus fascinants. Des forêts aussi bien sûr, encore et toujours 🙂 . Et un petit bout d’Alaska, un tout petit, au bout du bout de la route… du monde même… Un cul-de-sac magnifique, comme une vitrine miniature sur cette contrée qui m’a toujours fasciné…
Je vais essayer de vous planter le décor, nous roulons depuis l’aube vers le nord-ouest de la Colombie britannique, en direction des fjords perdus du Pacifique Nord. Nous empruntons pour cela la Stewart-Cassiar Highway qui file sur près de 900 km vers le Yukon. Les forêts sub-boréales s’étirent à perte de vue, les lacs se succèdent à l’infini ou presque.

Hormis cette bande d’asphalte qui nous permet d’avancer, toute trace d’activité humaine semble avoir disparu. Sur des dizaines et des dizaines de miles, pas une habitation, pas âme qui vive, la Nature, rien qu’elle et nous… Enfin, pas tout à fait car les ours sont légion par ici ! Alors que nous scrutons les bas-côtés à la recherche d’une trace de vie dans cet océan de verdure, une adorable petite tête d’ourson noir (Ursus americanus) se dresse au-dessus de la végétation !

Nous profitons d’ailleurs bientôt de la présence de sa mère et d’un deuxième ourson tout aussi craquant. Ne se souciant guère de notre présence, la mère se délecte de pissenlits locaux tandis que sa progéniture lui grimpe sur le dos… Instant magique…

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Le périple continue toujours plus au nord jusqu’au Meziadin Lake où nous bifurquons sur une route secondaire en direction de l’ouest. De là, nous quittons progressivement la vallée pour traverser les Boundary Ranges, cette immense chaîne de montagnes côtières qui borde le Pacifique sur le nord de la Colombie britannique et le sud de l’Alaska. Les sommets enneigés font désormais leur apparition et nous toisent de chaque côté de la route.

Bientôt, le Bear Glacier étire sa langue glaciaire à hauteur du Strohn Lake, surplombé par l’impressionnant Mount Strohn (2312 m). Le lac en lui-même est très récent, conséquence du retrait accéléré du glacier depuis les années 1940. Le Bear Glacier suit malheureusement le même sort que la plupart de ses congénères de par le monde…

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Du Strohn Lake naît la Bear River que nous longeons en descendant dans la vallée jusqu’à la paisible ville de Stewart (400 habitants, une âme de Far West et quelques jolis colibris roux (Selasphorus rufus) 🙂 ), au fond de l’immense canal Portland.

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Ce fjord de 114 km de long (oui, vous avez bien lu, tout est démesuré ici !) sert de frontière naturelle entre la Colombie britannique (Canada) et l’extrême Sud de l’Alaska (USA). De l’autre côté de la frontière se trouve un minuscule village, Hyder (63 habitants), que l’on peut atteindre également par une petite route depuis Stewart.

Hyder possède la particularité d’être complètement enclavé dans cette partie de l’Alaska mériodionale. Aucune connexion terrestre avec une autre communauté américaine, le contact avec le reste du pays doit se faire par voie maritime depuis l’étroit fjord ou par hydravion. Ajouté à cela des airs de ville fantôme du temps de la ruée vers l’or et des paysages à couper le souffle pour vous tout seul, vous l’aurez compris, difficile de ne pas se sentir au bout du monde ici !

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Cerise sur le gâteau, le village étant entouré d’une nature sauvage et préservée, la faune s’y montre particulièrement accueillante… au point de nous surprendre à l’instar de cet ours noir qui traverse la chaussée à quelques mètres de nous dans notre dos ! Petite frayeur sans conséquence, nous avons clairement été plus surpris que lui !

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Un peu plus loin, sur la très pittoresque jetée servant d’hydrobase et de mini-port à la fois, un pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) digère sa pitance pêchée quelques minutes auparavant… à deux pas du bien nommé Eagle point (les noms des lieux-dits peuvent être de précieux indices dans le coin 😉 ). Une sterne arctique (Sterna paradisaea) nous survole poisson au bec tandis qu’un goéland à bec cerclé (Larus delawarensis) fend le ciel dans un silence de cathédrale. Plus loin au fond du fjord, dans la zone humide jouxtant le terminal de vrac de Stewart, un grand héron (Ardea herodias) droit comme un i côtoie goélands cendrés (Larus canus) et canards colverts (Anas platyrhynchos).

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Tombés sous le charme de ce lieu atypique, nous restons un long moment à admirer ce décor mêlant beauté sauvage, baraques cabossées et autres vestiges de la grande époque des mines environnantes… à écouter ce silence incroyable… à humer son air vivifiant, mi-montagnard, mi-marin…

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Une grande goulée d’air pur et de liberté plus tard, nous reprenons la route en sens inverse pour nous diriger vers une étroite piste cabossée qui grimpe vers les cimes enneigées, la Granduc Road. Construite pour accéder à la mine de cuivre de Granduc (et à l’ancienne mine d’or de Premier en aval), elle suit le cours de la bien nommée (encore ! 🙂 ) Salmon River où les saumons roses (Oncorhynchus gorbuscha) viennent frayer en masse la belle saison venue, attirant par la même occasion moult grizzlys (Ursus arctos horribilis) et ours noirs. Malheureusement pour nous, nous sommes trop tôt dans la saison et les ours ne se montreront pas. Les paysages n’en restent pas moins sublimes et alors que la piste commence à grimper gentiment vers les sommets, nous repassons en territoire canadien… quand je vous dis qu’Hyder est enclavée en Alaska ! Comble du comble, les mines de Premier et de Granduc, canadiennes, n’étaient donc accessibles que par les USA ! Une bizarrerie géographique qui fit cependant la gloire de notre petite Hyder au début du siècle dernier. La frontière passée, la piste devient rapidement sinueuse et grimpe lentement mais sûrement le long des versants boisés. Bientôt le panorama s’ouvre, grandiose, laissant place à une vue fantastique sur l’extrémité méridionale du Salmon Glacier (où naît d’ailleurs la Salmon River… logique :)). Surplombée par le verdoyant Mount Bayard (1999 m) à cheval sur les deux pays, la langue glacière s’étire sur 6 km environ avant de bifurquer vers l’ouest, en direction de l’Alaska.

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La piste continue son ascension jusqu’à un belvédère offrant une vue incroyable sur le glacier et les montagnes environnantes.

Ici aussi, comme plus tôt au fond du fjord, le silence est profond, intense, captivant. Absolument seuls à profiter de ce spectacle époustouflant, nous aurons en plus l’immense joie d’avoir la visite d’un magnifique lagopède alpin (Lagopus muta) encore en smoking hivernal (nous sommes début juin). Moment inoubliable une fois de plus, décidément, ce petit bout de monde nous aura émerveillé de bout en bout !

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La nuit tombant déjà doucement sur les reliefs, nous faisons de nouveau route vers Hyder où la pénombre sera propice à quelques photos d’ambiance… Hyder s’est d’ailleurs décernée le titre de ville fantôme la plus amicale d’Alaska, nous n’avons croisé absolument personne mais nous sommes convaincus que c’est vrai 🙂 .

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Après une nuit bien méritée de l’autre côté de la frontière, nous quittons ce bout du monde fascinant pour explorer les autres contrées reculées du littoral tourmenté et mystique de la région. Les routes étant quasi-inexistantes dans cette partie du Canada, nous repassons par le Bear Glacier et le Meziadin Lake pour aller chercher la Nisga’a Highway qui n’a de highway que le nom ! Il s’agit en fait d’une simple piste sur une bonne partie de sa longueur, certes bien entretenue mais quand même 🙂 . La route en question traverse les immenses étendues boisées qui recouvrent le territoire Nisga’a, peuple autochtone vivant dans la vallée de la Nass River.

A hauteur de la belle Kiteen River, mésange à dos marron (Poecile rufescens), junco ardoisé (Junco hyemalis) et pioui de l’Ouest (Contopus sordidulus) viennent nous rendre visite.

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Après une centaine de kilomètres à longer la Nass River, nous atteignons le reculé Gingolx (anciennement Kincolith), l’un des quatre villages du territoire Nisga’a. Situé à 10 km de l’embouchure du canal Portland (le fameux fjord d’Hyder/Stewart si vous avez bien suivi 😉 ), il nous faudra pourtant près de 5h30 de route pour l’atteindre depuis Stewart ! Et encore, estimons-nous heureux, cela fait seulement 17 ans que la route existe, auparavant seul l’hydravion ou le bateau permettait d’atteindre cette communauté isolée. Bien que les paysages offerts par la baie de Nass soient moins spectaculaires qu’à Hyder, la sensation de bout de monde est tout de même bien présente !

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Sur la grève déserte entourée de sommets embrumés, quelques pygargues à tête blanche pêchent ou se repaissent sous le regard impassible d’un groupe de goélands cendrés.

Au loin, un vol de bernaches du Canada (Branta canadensis) glisse au-dessus de l’eau alors que la météo devient de plus en plus maussade. Le signe pour nous de repartir vers d’autres horizons plus dégagés et toujours plus sauvages.

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Au moment où nous nous y attendions le moins, nous recevons cependant un dernier présent de dame Nature, une magnifique gélinotte huppée (Bonasa umbellus) nous fait l’honneur de sa présence à la sortie du village, une manière à elle sans doute de nous laisser un souvenir inoubliable de cette fantastique région 😉 .

P.-S. – En cette période de fermeture des frontières Canada/USA, une pensée toute particulière pour les habitants d’Hyder qui se retrouvent plus que jamais isolés du reste du monde…



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