30 mai 2013, Manteca, Californie
07h00, nous quittons la banlieue sans charme de Manteca en direction du Pacifique. Il fait très beau ce matin mais un fort vent nous accompagne déjà. La traversée Nord du comté de Contra Costa nous rappelle cruellement à la réalité, les étendues sauvages du Grand Ouest sont définitivement derrière nous. Place désormais aux autoroutes démesurées, aux austères usines fumantes et aux interminables banlieues sans cachet. Au loin pourtant, le mont Diablo laisse entrevoir quelques îlots de nature à l’abri du carnage urbain. Après un léger coup de déprime dans nos premiers bouchons depuis Los Angeles, nous atteignons enfin la San Pablo Bay où nous renouons progressivement avec un environnement plus préservé. De l’autre côté de cette petite baie intérieure, les paysages laissent place à de vastes étendues herbeuses jaunies par le soleil et qui frissonnent sous le vent toujours fort. La circulation a brusquement disparu et nous nous retrouvons bientôt seuls sur les routes du Point Reyes National Seashore.

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Nous entamons notre découverte de ce coin de littoral préservé par la limantour beach et sa lagune. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir des paysages nous rappellant furieusement notre baie d’Audierne tant aimée ! L’arrière-dune, ses herbes folles qui s’animent au gré des vents et cette plage immense et déserte se terminant sur des falaises escarpées, on s’y croirait presque 🙂

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Bien qu’habitués aux coups de tabac depuis notre plus tendre enfance, les bourrasques aujourd’hui sont terriblement puissantes et ont raison des oiseaux qui se font très discrets. Alors que nous remontons nous vêtir en conséquence, un urubu à tête rouge se bat contre cet ami taciturne qui lui donne aujourd’hui beaucoup de fil à retordre !

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Lorsque nous rejoignons les hauteurs de Point Reyes, le vent est bien évidemment encore plus violent et nous devons nous tenir l’un l’autre pour ne pas risquer la chute depuis les hautes falaises.

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Alors que nous atteignons une zone abritée, nous recevons la visite de plusieurs bruants à couronne blanche en quête de nourriture pour leurs rejetons fraîchement nés. Agiles comme des petits diables, ils remplissent en quelques minutes leur bec d’insectes en tout genre. Bien entendu, ces victuailles seront englouties par leur progéniture en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et les courageux parents ne cesseront ce manège qu’après plusieurs semaines harassantes.

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Cette pause ornitho terminée, nous reprenons le chemin du phare qui trône fièrement sur ce Penn-ar-Bed américain.

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Bien à l’abri des vents dominants, sur les rochers en contrebas, les guillemots de Troïl sont regroupés par centaines en cette période nuptiale. Dans quelques semaines, la plupart des œufs auront éclos et les petits guillemots se feront les armes sur ces dangereux cailloux dominant le Pacifique et où la puissante houle vient se fracasser avec bruit.

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Quelques mètres plus haut, sur les pentes recouvertes de plantes grasses et de fleurs sauvages, les cerfs à queue noire se régalent. Leurs adorables faons nés depuis quelques semaines découvrent un peu plus chaque jour le monde qui les entoure.

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Un peu plus à l’Est, nous retrouvons la baie de Drake à hauteur d’Elephant Seal Overlook.

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Sur la plage en contrebas, les femelles des éléphants et les jeunes se prélassent au soleil.

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Arrivés début avril pour une mue intégrale, ils repartiront très prochainement pour la haute mer où ils chasseront et vivront le reste de l’année (les femelles reviendront mettre bas entre décembre et février). A quelques mètres du rivage, quelques jeunes mâles se livrent à des joutes impressionnantes, pourtant sans commune mesure avec ce qu’ils s’infligeront plus tard en période de reproduction.

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Ces énormes phoques qui peuvent peser jusqu’à 3 tonnes pour cinq mètres de long (les femelles sont deux fois plus petites) se livreront alors à de sanglants combats pour assoir leur suprématie sur les autres mâles (les plus vaillants s’accouplent avec 40 femelles !). Rien à voir avec les gentils jeux auxquels nous assistons ici !

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Chose peut-être moins connue, ces fascinants animaux sont d’incroyables nageurs qui parcourent chaque année près de 20000 km pour les mâles et 15000 km pour les femelles. Avec des aires de nourrissage séparées, mâles et femelles se retrouvent uniquement en période de reproduction le long des côtes californiennes et mexicaines. La plupart des gros mâles arriveront pour muer à Point Reyes début juin quand les femelles seront déjà reparties en direction d’Hawaï.

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Infatigables nageurs, ils sont également des plongeurs hors pair qui peuvent aller chercher leur nourriture à plus de 1500 m de profondeur et rester plus d’une heure et demie sans remonter à la surface ! Ces facultés exceptionnelles sont dues notamment au fait qu’ils stockent l’essentiel de l’oxygène, non pas dans leurs poumons, mais directement dans le sang qu’ils ont en bien plus grande quantité que les autres mammifères (à masse équivalente, 2,5 fois plus que l’homme par exemple, je vous laisse faire le calcul sur 5 tonnes !)

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Nous laissons nos amis Phocidae à leur combats de machos et nous nous engageons sur le sympathique chemin menant à Chimney Rock, accompagnés par des biches peu farouches jouant à cache-cache dans les hautes herbes.

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Le vent toujours aussi violent malmène goélands de Californie et balbuzards en pêche près de l’ancien centre de sauvetage en mer. Seuls sur l’étroit sentier sinuant dans la lande, nous atteignons bientôt le superbe promontoire aux roches disloquées.

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Devant nous, quelques pélicans pélagiques filent au-dessus des eaux moutonneuses. Sur l’immensité d’un bleu profond, de minuscules taches rouges trahissent la présence des guillemots colombins. Plus près de nous, au pied des immenses falaises, nous surprenons un jeune éléphant de mer jouant dans le ressac.

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Pour notre plus grand bonheur, il restera là un long moment à se laisser balloter par la houle se fracassant sur les rochers partiellement immergés.

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Exténués par cette lutte impossible contre le dieu Eole, nous quittons les hauteurs de Chimney Rock pour une ultime balade côté baie, accompagnés par les charmants bruants à couronne blanche. Tandis que nous refermons cette parenthèse sur les routes désertes du Point Reyes National Seashore, la Shoreline Highway nous offre un ultime panorama sur cette très belle côte américano-bretonne.

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Au loin, dans l’horizon embrumé, nous devinons la belle et immense San Francisco. A cet instant, nous ne le savons pas encore mais « the city by the bay » nous réserve de bien belles surprises…

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